La disparition annoncée, par un message de la famille relayé sur les réseaux sociaux, de Dadou Pasquet plonge la scène musicale haïtienne dans la réflexion et le recueillement. Cet article retrace son parcours, son rôle clé dans l’évolution du kompa (et konpa dirèk) haïtien, et l’héritage qu’il laisse — sans prétendre à l’exhaustivité, mais avec rigueur et sources.
André « Dadou » Pasquet est né le 19 août 1953 à Port-au-Prince (Haïti). Il grandit au sein d’une famille profondément musicale : on y évoque son oncle Roodolphe « Dòdòf » Legros et d’autres musiciens influents. Dès son enfance (vers 9-12 ans), il commence à manier la guitare et à côtoyer des musiciens aguerris.
Ces origines posent les bases de ce qui deviendra une trajectoire d’artiste marqué par une technique instrumentale solide et un désir d’innovation.
Au début des années 1970, Dadou intègre le groupe Tabou Combo formation majeure du kompa dirigée par notamment Herman Nau. Il y passe environ cinq ans. Ce passage lui offre une exposition importante et un terrain d’apprentissage dans des contextes professionnels. Cependant, cette période est également marquée par des frictions : Dadou s’est par la suite plaint de ne pas avoir été reconnu à la hauteur de ses apports pour certaines chansons, notamment « Mabouya » ou « New York City ». Cette tension souligne un des enjeux fondamentaux dans la musique haïtienne : la question des crédits, droits et reconnaissance des musiciens.
Le 24 juin 1976, Dadou Pasquet, avec son frère Claude « Tico » Pasquet, fonde Magnum Band à Miami, aux États-Unis. Le groupe choisit un slogan signé : « La seule différence ».
Cette nouvelle formation permet à Dadou de déployer pleinement une vision musicale : mêler les rythmes du konpa/kompa haïtien à des influences funk, jazz, blues, reggae. Grâce au Magnum Band, la musique haïtienne trouve un relai puissant dans la diaspora (Miami, New York) et commence à s’exporter davantage.
Dadou Pasquet se distingue par :
un jeu de guitare virtuose, parfois comparé aux grands guitaristes caribéens. une capacité d’arrangement, d’intégration d’influences variées tout en gardant l’âme haïtienne. des albums emblématiques avec Magnum Band : Expérience, Jehovah, Piké Devan, Ashadei, etc.
Ce mélange innovant lui a permis de renouveler le genre kompa, lui donner des sonorités internationales tout en conservant sa racine. Le journal Le Nouvelliste l’évoque comme « l’un de nos plus grands musiciens, en tous points, l’un des plus innovateurs ».
L’impact de Dadou Pasquet est multiple :
Il a contribué à porter la musique haïtienne vers l’international via le Magnum Band. Il a servi de modèle pour de nombreux musiciens haïtiens, tant par sa technique que par sa vision. Son parcours témoigne de l’interface entre Haïti et la diaspora, un pont culturel crucial.
Le groupe Magnum Band, par exemple, a été honoré pour ses 45 ans à Miami.
Les tensions liées à la reconnaissance chez Tabou Combo montrent que même les artistes talentueux doivent se battre pour obtenir le crédit et la visibilité. Cette réalité reste instructive pour la musique haïtienne actuelle.
Au-delà des défis, l’héritage de Dadou est tangible : une discographie conséquente, un style identifiable, une influence sur plusieurs générations. Son message, par le biais de ses proches, invitant à « jouer la musique, partager les mélodies, danser et laisser les rythmes tisser à travers nos vies », conserve un retentissement symbolique.
La fin de la trajectoire de Dadou Pasquet ne signe pas l’arrêt de son œuvre : celle-ci continue à vivre à travers les disques, les artistes influencés, les amateurs de musique haïtienne. Son rôle fut celui d’un bâtisseur de ponts entre technique et sensibilité, entre Haïti et le monde, entre tradition et innovation.
En tant que média, AYINEWS considère cet artiste comme une figure incontournable pour comprendre l’évolution et la vitalité de la musique haïtienne. Il appartient maintenant à tous musiciens, auditeurs, chercheurs de continuer à entrer dans ses mélodies, à en décrypter les rythmes, à cultiver sa différence.
