À l’approche de la Journée internationale de lutte contre la corruption, l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) annonce un geste institutionnel qui se veut lourd de symboles. Ce lundi 8 décembre 2025, l’organisme convie la presse nationale parlée, écrite, télévisée et numérique à une cérémonie de remise officielle de plusieurs rapports d’enquête finalisés et transmis au système judiciaire. L’événement est programmé à 13 heures, dans les jardins de l’institution, sise au numéro 20 de la rue Delmas 83.
Cette démarche intervient à un moment où la lutte contre l’opacité administrative, le détournement des fonds publics, les abus de fonction et les pratiques de prédation font l’objet de fortes attentes citoyennes. En rendant publiques la transmission des dossiers, l’ULCC cherche manifestement à renforcer la visibilité de son action, mais aussi à rappeler qu’une institution anticorruption n’a de sens que si ses enquêtes traversent la porte du tribunal.
Selon l’invitation, le Directeur général de l’ULCC, Me Hans Jacques Ludwig Joseph, prononcera une allocution et remettra à chaque journaliste le résumé exécutif des dossiers transmis à la justice, comme le prévoit l’article 9 du décret du 8 septembre 2004. Une démarche qui vise à documenter, contextualiser et diffuser l’information, en permettant aux médias et au public d’être éclairés sur la nature des enquêtes concernées.
Cette remise intervient également dans un climat de méfiance profonde envers l’État, où la corruption est souvent perçue comme structurelle, chronique et rarement sanctionnée. Le signal envoyé par l’ULCC est donc à la fois institutionnel et politique : il s’agit d’affirmer son rôle d’enquête, de montrer que des dossiers arrivent effectivement à la justice, et de replacer la pression médiatique sur les mécanismes de poursuite, trop souvent silencieux.
Encore faudra-t-il que ces rapports ne s’arrêtent pas à l’étape protocolaire. Toute cérémonie de transparence est susceptible de devenir un simple rite administratif si elle ne s’accompagne pas d’un suivi rigoureux : mise en accusation, audiences, décisions judiciaires, et au bout du processus, éventuelles condamnations. C’est sur cette dimension que se jouera réellement la crédibilité de la démarche.
À ce stade, l’ULCC affirme souhaiter la participation active de la presse et annonce l’importance de cet événement dans son agenda institutionnel. Reste à savoir si, au-delà de la remise symbolique, la justice haïtienne disposera de l’indépendance, des moyens et de la volonté nécessaires pour transformer ces rapports en actions concrètes.
