La détérioration persistante du climat sécuritaire en Haïti continue de produire des effets directs et profonds sur la sécurité alimentaire du pays. C’est le constat alarmant dressé par la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA) dans son dernier bulletin, présenté par son coordonnateur, Harmel Cazeau, le mardi 13 janvier 2026.
Selon les données rendues publiques, 5,7 millions d’Haïtiens vivent actuellement une situation d’insécurité alimentaire aiguë pour la période comprise entre septembre 2025 et février 2026. Parmi eux, 1,9 million de personnes sont classées en phase d’urgence, tandis que 3,8 millions se trouvent en phase de crise alimentaire. Des chiffres qui traduisent une vulnérabilité massive des ménages et une fragilisation continue des moyens de subsistance.
Les perspectives à court terme demeurent tout aussi préoccupantes. D’après les projections de la CNSA, une légère détérioration supplémentaire est attendue entre mars et juin 2026. Le nombre de personnes touchées pourrait alors atteindre 5,9 millions, confirmant une tendance lourde qui s’installe dans la durée. Cette évolution, a averti Harmel Cazeau, s’inscrit dans un contexte où les facteurs aggravants persistent sans réponses structurelles suffisantes.
Interrogé sur les causes de cette dégradation, le coordonnateur de la CNSA a évoqué une combinaison de facteurs convergents. L’insécurité généralisée figure en tête de liste, notamment à travers l’occupation de plusieurs axes routiers stratégiques par des groupes armés. Cette situation entrave gravement la circulation des personnes et des marchandises, perturbe les marchés locaux et désorganise les circuits d’approvisionnement.
À cette insécurité s’ajoutent la perte de revenus liée à la fermeture de nombreuses entreprises, la hausse continue de l’inflation, l’insuffisance d’encadrement du secteur agricole et les effets du changement climatique. Autant d’éléments qui affaiblissent le pouvoir d’achat des ménages, réduisent l’accès à l’alimentation et accentuent la précarité alimentaire à l’échelle nationale.
Sur le plan agricole, Harmel Cazeau a souligné un décalage important entre les besoins réels du secteur et les financements disponibles. Si des projets existent, financés par le Trésor public ou par des partenaires internationaux, leur mise en œuvre demeure largement entravée. Les difficultés de circulation des intrants, des récoltes et du personnel technique compromettent l’efficacité de ces initiatives et limitent leur impact sur le terrain.
Concernant la répartition géographique de l’insécurité alimentaire, la CNSA distingue l’insécurité alimentaire aiguë, liée à des chocs conjoncturels, de l’insécurité alimentaire chronique, issue de dysfonctionnements structurels profonds. Toutefois, ces deux réalités coexistent dans plusieurs régions du pays. Le département du Nord-Ouest, par exemple, est confronté à une insécurité alimentaire chronique aggravée par des chocs récents, illustrant la complexité de la situation.
Harmel Cazeau a également insisté sur la nécessité d’élargir le regard au-delà des seules zones classées en phase d’urgence. Les régions en phase de crise, disséminées sur l’ensemble du territoire national, requièrent elles aussi des interventions ciblées afin d’éviter une bascule vers des situations plus graves.
Pour faire face à cette urgence multidimensionnelle, la CNSA propose un plan stratégique intitulé « La sécurité alimentaire au service de la sécurité globale du pays ». Ce document préconise notamment la mise en place d’activités alternatives génératrices de revenus, destinées en particulier aux jeunes, afin de réduire leur exposition au recrutement par les groupes armés et de renforcer la résilience économique locale. Le plan a déjà été soumis au ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural.
Parallèlement, dans les zones les plus durement touchées, la CNSA recommande le déploiement d’assistances alimentaires de proximité, ainsi que des mécanismes de recapitalisation des petites et moyennes entreprises affectées par les crises successives. Enfin, un soutien renforcé à la campagne agricole de printemps est jugé indispensable, notamment par l’amélioration de l’accès au financement, aux intrants agricoles et à l’encadrement technique.
À travers ce diagnostic et ces recommandations, la CNSA appelle à une réponse coordonnée, rapide et durable, estimant que la sécurité alimentaire constitue désormais un pilier central de la stabilité sociale et sécuritaire du pays.
