Nomal que les institutions de contrôle tentent tant bien que mal de restaurer une image d’intégrité au sein de l’État, un cas inédit vient de jeter une lumière crue sur les dérives du système administratif haïtien. Jean Miguel Fortuné, fonctionnaire au parcours désormais entaché et sulfureux, a été révoqué par la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) pour malversation et corruption.
Mais au-delà de la fraude financière, c’est l’ampleur d’un cumul d’emplois défiant toute logique éthique et légale qui choque l’opinion publique.
Une impunité sur trois fronts
L’enquête révèle une situation rocambolesque : de 2009 à nos jours, Jean Miguel Fortuné occupait simultanément trois postes de travail au sein d’entités étatiques stratégiques. Il émargeait aux budgets de l’OFATMA (Office d’Assurance Accident du Travail, Maladie et Maternité), de l’EDH (Électricité d’Haïti) et, comble de l’ironie, de la CSCCA elle-même.
Pendant plus d’une décennie, cet individu a perçu trois salaires, accumulant des avantages indus au détriment du Trésor public. Cette pratique constitue une violation flagrante de la Constitution haïtienne de 1987, qui dispose en son article 221 :
« Les fonctions de juge sont incompatibles avec toutes autres fonctions salariées, sauf celle de l’enseignement. Nul ne peut occuper plus d’un poste rémunéré par l’État. »
L’urgence d’une restitution forcée:
Le temps de l’observation est révolu. Ce cas ne peut se limiter à une simple révocation administrative. Il est impératif que le Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) prenne ses responsabilités pour contraindre ce « fossoyeur » de la chose publique à restituer l’intégralité des montants perçus indûment. Chaque gourde détournée par ce cumul frauduleux est une gourde soustraite aux services sociaux de base, à la santé et à l’éducation du peuple haïtien.
Une faute déontologique majeure pour le Barreau:
Si Jean Miguel Fortuné est effectivement avocat, comme le laissent entendre certaines sources, son comportement ne relève pas seulement du délit administratif, mais d’une faute éthique lourde. Un homme de loi ne peut ignorer la Charte fondamentale de son pays à des fins d’enrichissement personnel.
Le Barreau d’attache de l’intéressé se doit de se saisir du dossier. Un avocat coupable de malversations avérées par la Cour des Comptes n’a plus la moralité requise pour porter la robe. Des sanctions disciplinaires exemplaires, allant jusqu’à la radiation, sont attendues pour laver l’honneur d’une profession censée défendre la justice et non la contourner.
L’affaire Fortuné doit servir de catalyseur pour un audit systématique des feuilles de paie de l’État par l’inspection Générale des Finances. L’administration publique ne peut plus être le garde-manger d’une poignée de privilégiés qui s’octroient des droits régaliens au mépris de la loi. La nation attend désormais que la justice pénale prenne le relais de la justice administrative.
