Dans les heures ayant suivi l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, survenu dans la nuit du 7 juillet 2021 dans sa résidence privée, un ensemble d’acteurs impliqués, entre la Floride et Port-au-Prince, aurait tenté de reprendre le contrôle d’une situation devenue incontrôlable. Quatre ans après les faits, les révélations issues du procès en cours à Miami mettent en lumière une série d’échanges troublants, révélant à la fois la complexité du complot et les tentatives désespérées de ses instigateurs pour en redéfinir la narration.
Au cœur de cette affaire se trouve Antonio Intriago, dirigeant d’une société de sécurité basée en Floride, accusé d’avoir recruté un groupe d’anciens militaires colombiens pour mener l’opération. Selon les éléments présentés par les procureurs américains, Intriago aurait contacté le chef de la police haïtienne, Léon Charles, dans les heures suivant l’assassinat, lui demandant de protéger certains ressortissants américains impliqués dans ce qu’il qualifiait d’opération menée sous l’autorité d’un juge haïtien. Il aurait également proposé à ce dernier une collaboration professionnelle, assortie d’une promesse de protection internationale pour lui et sa famille.
Ces échanges s’inscrivent dans un vaste corpus de preuves numériques analysées par le FBI, comprenant des milliers de messages, d’appels et de documents extraits de plus d’une centaine d’appareils électroniques. Parmi les éléments les plus marquants figure la transmission, à 1 h 58 du matin le jour de l’assassinat, d’une photographie du président gisant sans vie, criblé de balles, dans sa chambre.
Le procès, actuellement dans sa cinquième semaine, concerne quatre accusés principaux, dont James Solages et Walter Veintemilla. D’autres individus ont déjà plaidé coupable, reconnaissant leur participation à un complot visant à enlever ou assassiner le chef de l’État. La défense, quant à elle, soutient que le président aurait déjà été tué par des éléments de la sécurité présidentielle avant l’arrivée des commandos colombiens, une version que les procureurs contestent fermement.
Les messages analysés révèlent également des tentatives précoces de recomposition du pouvoir. Le nom de Joseph Félix Badio revient de manière récurrente. Ce dernier aurait facilité des contacts entre les conspirateurs et des figures politiques haïtiennes, notamment Joseph Lambert, dans le but de négocier une transition rapide du pouvoir. Un plan aurait même été envisagé pour installer la juge Wendelle Coq-Thélot à la tête de l’État, en échange de concessions politiques.
Cependant, ces manœuvres n’ont jamais abouti. Le pays a rapidement sombré dans une crise institutionnelle profonde, aggravée par la montée en puissance des groupes armés et l’effondrement des structures étatiques. Dans ce contexte chaotique, les échanges entre les suspects témoignent d’une désorganisation croissante, de tensions internes et d’un climat de méfiance généralisée.
Par ailleurs, certains accusés ont tenté de se prévaloir de liens avec des agences américaines telles que le FBI ou le département d’État, affirmant avoir agi dans un cadre légal ou avec une forme de soutien implicite. Ces affirmations ont été catégoriquement rejetées par les autorités américaines, qui y voient une محاولة de légitimation a posteriori d’une opération criminelle.
Des figures haïtiennes de premier plan, telles que Ariel Henry, ont également été mentionnées au cours du procès, bien qu’aucune preuve directe de leur implication n’ait été établie à ce stade dans les éléments présentés devant la justice américaine. Ces allégations, fermement démenties par les intéressés, alimentent néanmoins les interrogations persistantes sur les ramifications politiques de cette affaire.
Les communications révèlent enfin l’existence de plusieurs tentatives avortées visant à neutraliser le président avant le 7 juillet. Le chef de l’État y était désigné par des pseudonymes, et son domicile par des termes codés, traduisant une planification méthodique et prolongée.
Quatre ans après ce crime qui a profondément ébranlé la nation haïtienne, le procès en cours aux États-Unis apporte un éclairage inédit sur les coulisses de l’opération. Il met en évidence non seulement les responsabilités individuelles, mais aussi les zones d’ombre persistantes d’un assassinat dont les conséquences continuent de peser lourdement sur l’avenir politique du pays.
Source : Miami Herald
