L’affaire est désormais formellement consignée au greffe du Parquet de la Croix-des-Bouquets. Le 10 décembre 2025, Charles Henri Jean-Marie Baker, propriétaire agricole à Santo 19, a déposé une plainte détaillée contre Wilson Joseph, alias « Lanmò 100 jou », et le gang dit « 400 Mawozo ». Le document, d’une précision comptable rare, met en lumière une réalité souvent sous-estimée dans le débat sécuritaire haïtien : la destruction méthodique du tissu productif rural.
Selon la plainte, l’attaque survenue le 7 novembre 2025 à 9 h 37 ne se limite pas à un acte de violence ponctuel. Elle s’inscrit dans une logique d’occupation durable, rendant l’accès au site impossible, y compris pour les autorités. Bâtiments incendiés, équipements détruits, récoltes appropriées, bétail volé : l’exploitation agricole a cessé d’exister en tant qu’unité économique fonctionnelle.
Le chiffrage des pertes est sans équivoque. Les pertes agricoles mensuelles, couvrant citrons, papayes, patates, épinards, calalou, maïs, aubergines, piments et bananes, atteignent 1 819 000 gourdes. À cela s’ajoutent les pertes d’élevage, incluant bétail et cheptel caprin, estimées à 2 635 000 gourdes. Le poste le plus lourd demeure toutefois la destruction d’équipements structurants : tracteurs, génératrice de 20 kW, système d’irrigation, charrues, herse et cultivateur, pour un total de 21 515 000 gourdes.
Le montant global des pertes déclarées s’élève ainsi à 25 969 000 gourdes, un chiffre qui dépasse largement le cadre d’un différend individuel. Il interroge la capacité de l’État à protéger les investissements agricoles, la sécurité alimentaire et, plus largement, la viabilité économique des zones périurbaines stratégiques.
Au-delà de la plainte pénale, le plaignant s’est constitué partie civile, se réservant le droit de réclamer des dommages et intérêts. L’affaire place désormais la justice face à une responsabilité cruciale : celle de démontrer que l’effondrement économique induit par la violence armée n’est pas un dommage collatéral tolérable, mais un crime aux conséquences nationales.
