Les États-Unis replongent dans une controverse que l’on croyait révolue. Lors d’un discours prononcé en Pennsylvanie le 10 décembre, le président américain Donald Trump a réemployé l’expression « pays de merde », formule qu’il avait pourtant niée en 2018 après un tollé international. Cette réapparition d’un vocabulaire inhabituellement cru sur la scène politique remet au centre du débat une vision radicale de l’immigration, désormais assumée jusqu’à la tribune présidentielle.

Trump, vantant sa politique économique, a relaté une réunion au cours de laquelle il aurait demandé : « Pourquoi est-ce que nous ne prenons que des gens qui viennent de pays de merde ? Pourquoi ne pouvons-nous pas avoir des gens de Suède, de Norvège ? » Dans la foulée, il a ciblé la Somalie, évoquant des « endroits calamiteux, crasseux, sales, dégoûtants, gangrénés par la criminalité ». Ces propos interviennent quelques semaines après qu’il a qualifié les migrants somaliens de « déchets ».

À mesure que sa présidence avance, la rhétorique de Donald Trump se durcit et abandonne toute nuance. Pour le sénateur démocrate Ed Markey, ces déclarations constituent « une preuve supplémentaire de son programme raciste ». À l’inverse, son allié républicain Randy Fine, invité sur CNN, défend un discours qu’il juge franc : « Toutes les cultures ne se valent pas », affirme-t-il, soutenant que Trump « parle un langage que les Américains comprennent ».

Pour de nombreux historiens, cette parole présidentielle marque une rupture. Carl Bon Tempo, professeur d’histoire à l’Université d’Albany, observe que ce type de stigmatisation existait jusqu’ici en périphérie de la droite américaine. « La différence est que cela vient désormais directement de la Maison Blanche, et il n’y a pas de mégaphone plus puissant », analyse-t-il. Le président ne dissimule plus son intention d’associer immigration et menace civilisationnelle. Au cours de sa campagne, il a déjà accusé des migrants haïtiens et latino-américains « d’empoisonner le sang » du pays, une formule qui a immédiatement suscité des parallèles historiques avec la propagande nazie.

Revenu au pouvoir, Donald Trump a lancé une vaste opération d’expulsions et suspendu les demandes d’immigration pour les ressortissants de 19 des pays les plus pauvres. Dans le même temps, il a ordonné la facilitation de l’accueil des fermiers sud-africains blancs, qu’il estime « persécutés ». Pour Terri Givens, professeure de sciences politiques à l’Université de Colombie-Britannique, « il n’a plus aucun filtre ». Mark Brockway, chercheur à l’Université de Syracuse, souligne de son côté que, désormais, « même un immigré qui respecte la loi et vit aux États-Unis depuis des décennies se retrouve entraîné dans la bataille de Trump contre un ennemi imaginaire ».

Cette stratégie s’accompagne d’une militarisation du langage. Kristi Noem, ministre de la Sécurité intérieure, a évoqué des immigrés qualifiés de « sangsues », nourrissant un climat de suspicion alors que la population américaine s’inquiète du coût de la vie. Selon Carl Bon Tempo, le débat sur l’immigration révèle des fractures beaucoup plus profondes : « Quand l’immigration devient un sujet central, cela renvoie autant à l’économie qu’à des interrogations essentielles sur ce que signifie être américain. »

Les experts sont nombreux à voir dans les prises de position actuelles des réminiscences du nativisme des années 1920, période durant laquelle l’identité américaine était définie comme blanche, anglo-saxonne et protestante. À l’époque, cette vision avait conduit à des politiques migratoires largement discriminatoires, favorisant l’Europe du Nord au détriment du reste du monde. Stephen Miller, conseiller influent de la Maison Blanche, a d’ailleurs écrit récemment : « À grande échelle, les migrants et leurs descendants recréent les conditions de leurs pays d’origine dysfonctionnels », un argument qui s’inscrit pleinement dans la théorie du « grand remplacement », récit complotiste importé de cercles identitaires européens.

Dernier signe de cette radicalisation, Donald Trump a évoqué, après une attaque commise par un ressortissant afghan, le concept de « remigration » : le renvoi massif et organisé de populations étrangères. Cette idée, autrefois cantonnée à l’extrême droite européenne, atteint désormais le plus haut niveau du pouvoir américain.

Pour les États-Unis, le tournant est majeur : jamais, depuis un siècle, un président n’avait repris à son compte un discours si explicitement hiérarchisant les cultures et désignant certaines populations comme indésirables. La rhétorique de Donald Trump, en rejetant globalement des groupes entiers d’individus, bouleverse l’image du pays et ravive des tensions identitaires aux répercussions profondes. Alors que l’Amérique approche de nouvelles échéances électorales, le débat sur l’identité nationale, l’accueil et la coexistence des cultures s’annonce plus explosif que jamais.

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