Un pas significatif vient d’être franchi dans la coopération sécuritaire entre Washington et la République dominicaine. À l’issue d’une conférence de presse organisée au Palais national, le président Luis Abinader a confirmé que son gouvernement avait autorisé les États-Unis à utiliser, pour une durée limitée, certaines zones de la Base aérienne de San Isidro ainsi que de l’Aéroport international Las Américas. L’annonce, faite en présence du secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, s’inscrit dans une stratégie régionale de renforcement des opérations antidrogue.
L’accord dévoilé par les autorités dominicaines est présenté comme strictement « technique » et limité dans son périmètre. Les forces américaines auront accès à des espaces réservés où elles pourront ravitailler leurs appareils, transférer du matériel, déployer du personnel spécialisé et coordonner des missions de surveillance. Les avions ravitailleurs KC-135 et les C-130 Hercules font partie des moyens engagés pour soutenir les vols de patrouille, assurer des évacuations, intervenir en cas de catastrophe ou encore appuyer les efforts de lutte contre les incendies.
Le président Abinader a insisté sur les résultats obtenus ces dernières années grâce à l’appui américain, évoquant une augmentation spectaculaire du volume de drogues saisies. Il a rappelé que le narcotrafic, par nature transnational, dépasse les capacités d’un seul État : selon lui, seule une action coordonnée et robuste peut contenir des réseaux devenus de plus en plus sophistiqués.
À Washington, le secrétaire à la Défense a salué l’engagement dominicain, décrivant le pays comme un « acteur régional prêt à affronter des défis majeurs ». Il a assuré que toutes les opérations seraient conduites dans le respect intégral de la souveraineté dominicaine et des législations locales, une précision destinée à apaiser les craintes déjà exprimées dans plusieurs capitales caribéennes.
Car cette décision ne survient pas dans un vide stratégique. Elle intervient dans un climat de sécurité fragile, marqué par une présence militaire américaine croissante dans la région et par des opérations officiellement orientées contre des « narco-terroristes ». Certaines chancelleries, ainsi que plusieurs observateurs internationaux, s’interrogent sur les implications d’une militarisation accrue dans la Caraïbe, redoutant un déséquilibre des rapports de force ou l’utilisation de dispositifs sécuritaires à des fins de pression géopolitique, notamment envers le Venezuela.
Pour Haïti, voisin immédiat et partenaire stratégique forcé en raison du partage de l’île, l’évolution de la coopération entre Santo Domingo et Washington pourrait modifier les dynamiques sécuritaires. Des capacités aériennes renforcées sur la côte orientale d’Hispaniola pourraient accroître la surveillance maritime et perturber davantage les réseaux transnationaux. Toutefois, la montée en puissance d’opérations militaires dans la région pourrait également susciter crispations diplomatiques si elle est perçue comme une ingérence ou comme un glissement vers une logique de contrôle régional élargi.
En autorisant les États-Unis à utiliser temporairement certaines installations stratégiques, la République dominicaine semble vouloir consolider son positionnement dans la lutte contre le narcotrafic tout en s’affichant comme un partenaire privilégié de Washington. Reste à savoir si ce resserrement tactique transformera durablement l’équilibre sécuritaire caribéen ou s’il sera perçu, avec le temps, comme un jalon supplémentaire dans la lente militarisation de la région.
