Le 30 septembre 2025, le Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) a voté la résolution 2793, donnant naissance à la Gang Suppression Force (GSF), une force internationale censée remplacer l’ancienne mission multinationale, déployée depuis 2023 sous le nom de Multinational Security Support Mission (MSS). 

La GSF pourra compter jusqu’à 5 500 policiers et militaires, dont 5 500 uniformés et 50 civils chargés du soutien logistique. 

L’objectif officiel : « neutraliser les gangs, sécuriser les infrastructures vitales et restaurer un minimum de stabilité institutionnelle et sécuritaire », selon le plan appuyé par Haïti, les États-Unis et le Panama. 

Depuis le début de l’année, la GSF a commencé ses premiers déploiements. Actuellement, environ 980 à 1 000 agents sont sur le terrain loin de l’objectif de 5 500. 

Le contingent reste majoritairement composé de policiers kényans. Le 8 décembre 2025, 230 policiers kényans sont arrivés à l’aéroport international de Port-au-Prince, ce qui porte la contribution totale du Kenya à près de 980 policiers. 

D’autres États des Caraïbes comme de l’Afrique ou d’Asie ont pour l’instant multiplié les promesses, mais peu se sont matérialisées. Selon les premières annonces diplomatiques, des pays comme le Tchad, le Bangladesh, le Sri Lanka, la Sierra Leone, le Burkina Faso, la Gambie ou le Burundi étaient évoqués. (Ce type d’engagements figurent dans les discussions initiales autour de la formation de la force.) 

La MSS et maintenant la GSF interviennent dans un contexte dramatique : depuis 2023 la violence des gangs s’est accentuée. L’essentiel de la capitale, Port‑au‑Prince, reste largement sous contrôle armé; des départements périphériques sont aussi menacés.  L’impact humain est effroyable : près de 1,4 million de personnes déplacées à l’intérieur du pays, l’accès à l’aide humanitaire gravement compromis, et des populations soumises à des exactions allant des meurtres aux viols collectifs. Le travail des ONG et agences internationales est de plus en plus difficile.  Selon un rapport récent, entre janvier et septembre 2025, des milliers de personnes ont perdu la vie à cause de la violence des gangs, faisant de cette crise l’une des plus graves au monde actuellement. 

Le Guatemala, le Salvador, la Jamaïque, les Bahamas et d’autres pays de la région ont déjà envoyé des contingents mais en nombre réduit et avec des rotations limitées. 

Avec la transformation de la MSS en GSF, des États africains (Tchad, Sierra Leone, Burkina Faso, Gambie, Burundi) et asiatiques (Bangladesh, Sri Lanka) ont formulé des intentions de contribution. Ces annonces sont importantes sur le plan diplomatique, mais très peu ont encore envoyé des troupes concrètement.

De nombreux Haïtiens craignent que ce soit comme par le passé une force étrangère de plus qui occupe le territoire sans s’attaquer aux racines profondes du problème. 

Comme le note un porte-parole local : « On a déjà vu des interventions depuis 1492, 1915, 2004… Et cela n’a jamais joué en notre faveur. » 

L’un des problèmes majeurs soulevés : le manque de logistique et d’équipement adapté. Dans le passé, la MSS souffrait d’un déficit criant en véhicules adaptés aux routes haïtiennes, d’hélicoptères, de moyens maritimes ce qui limitait grandement son efficacité.  Le nouveau dispositif prévoit la création d’un Bureau d’Appui des Nations unies en Haïti (BANUH), chargé de l’aide logistique : vivres, carburant, infrastructures, équipements aériens et maritimes, etc.  Mais le financement reste fragile : seules les salaires des membres de la GSF sont pris en charge par des contributions volontaires. Le reste (logistique, soutien, équipement) dépend des pays membres un risque concret si les contributions ne suivent pas.  Enfin : la question de la légitimité aux yeux de la population haïtienne. Plusieurs voix au sein de la société civile et parmi les déplacés expriment un profond scepticisme. Ils soulignent que ce genre de déploiement, s’il n’est pas accompagné de véritables réformes socio-économiques, pourrait simplement reproduire les erreurs du passé. 

Les promesses de contributions de nouveaux pays prêtent à espoir : elles montrent un intérêt international plus large que lors des missions précédentes. Mais ces annonces tant qu’elles ne sont pas suivies d’actes restent symboliques.

Plusieurs défis concrets menacent de freiner la montée en puissance de la GSF :

Logistique et financement insuffisants ; Coordination complexe entre Polices nationales, forces étrangères, population locale ; Risque réel d’abus, d’erreurs, de bavures surtout dans les quartiers populaires où vivent les civils les plus vulnérables ; Crainte d’un manque d’engagement sur le long terme, si la pression internationale baisse.

La GSF pourrait offrir un sursis un « bref répit » pour des milliers de vies exposées à la violence. Mais sans une stratégie globale alliant sécurité, justice, reconstruction, relèvement social le risque d’échec reste élevé.

Beaucoup d’experts rappellent que le cœur du problème est structurel : chômage de masse, pauvreté, effondrement de l’État, effondrement des services publics, impunité. La GSF seule ne pourra pas résoudre ces maux. 

Transparence dans les opérations de la GSF ; Intégration de la société civile, des communautés locales, dans la définition du plan de sécurité ; Engagement politique et social pour reconstruire l’État, les institutions, et offrir des perspectives réelles.

La montée en puissance de la GSF avec la perspective de contributions de pays comme le Tchad, le Bangladesh, le Sri Lanka, entre autres marque un tournant dans la réponse internationale à la crise haïtienne. Mais l’histoire récente a montré que promesses et réalités ne sont pas toujours les mêmes.

Face à l’urgence humanitaire, la communauté internationale doit suivre de près l’évolution de cette force, mais surtout veiller à ce qu’elle s’inscrive dans une stratégie plus large, respectueuse des droits, et surtout… centrée sur les Haïtiens eux-mêmes.

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