La mort de Stephora Anne-Mircile Joseph, petite fille haïtienne de 11 ans décédée par noyade le 14 novembre 2025 lors d’une excursion scolaire à Gurabo, près de Santiago en République dominicaine, vient de prendre un tournant judiciaire majeur. Le ministère public dominicain a ordonné l’arrestation de quatre responsables du prestigieux Institut Leonardo Da Vinci, désormais poursuivis pour homicide involontaire.
Cette affaire, devenue symbole d’une vulnérabilité plus large des enfants haïtiens dans le pays voisin, expose à la fois des dysfonctionnements éducatifs, des failles de supervision, et un contexte social marqué par des tensions identitaires.
Née en Haïti, arrivée en République dominicaine en 2022 avec sa mère après le départ du père aux États-Unis, Stephora était décrite par sa famille comme une enfant intelligente, sensible, studieuse et rêveuse.
Selon des témoignages recueillis, ses débuts scolaires ont été difficiles : remarques racistes, moqueries sur ses cheveux ou sa peau, isolement. Sa mère l’avait inscrite au mannequinat pour reprendre confiance. Progressivement, Stephora gagnait en assurance : bons résultats en mathématiques, passion pour le dessin, concours scolaires.
« Elle voulait juste être acceptée, progresser, vivre comme les autres », confie un proche.
Le drame interrompt brutalement ce récit fragile d’intégration.
Le 14 novembre, l’école organise une sortie à la Hacienda Los Caballos, complexe de loisirs doté de piscines. Il s’agissait, selon la famille, d’une excursion-récompense pour les meilleurs élèves.
Quelques heures après le départ, l’établissement contacte la mère : Stephora « ne se sent pas bien ». Elle vomit. On lui demande l’adresse d’un hôpital… puis on lui dit de venir la chercher en urgence sur le lieu de l’activité, à plusieurs dizaines de minutes de Santiago.
Arrivée sur place, la mère n’est pas autorisée à voir son enfant. Elle attend plus de deux heures sans explication. Des policiers arrivent, la zone se verrouille.
Ce n’est qu’au bout d’environ trois heures qu’un médecin légiste l’informe : Stephora est morte par noyade. Son corps est immédiatement emporté à la morgue. La mère affirme qu’aucune information claire ne lui a été donnée sur les circonstances exactes.
Un certificat préliminaire évoque une “asphyxie mécanique par noyade associée à une insuffisance respiratoire”. Le rapport d’autopsie final est attendu.
Le ministère public indique que quatre membres de l’administration scolaire — dont la directrice administrative, la coordinatrice générale, l’orientatrice et la responsable du secondaire — ont été arrêtés pour homicide involontaire, soulignant des négligences graves dans l’organisation et la surveillance de l’excursion.
En République dominicaine, un arrêté de 2009 impose des règles strictes pour les sorties vers des sites à risque (plages, piscines, rivières) : notification préalable au district éducatif, encadrement proportionné et dispositif de secours.
Selon plusieurs sources proches du dossier, aucune preuve n’a été trouvée attestant que l’école ait informé les autorités éducatives de cette sortie. Le site de l’excursion aurait été fermé par précaution après l’incident.
L’affaire ne se lit pas seulement sous l’angle d’un accident scolaire. De nombreuses voix — familles, ONG, collectifs haïtiens — évoquent un climat d’hostilité structurelle envers les élèves haïtiens en République dominicaine.
Des témoignages évoquent insultes racistes subies par Stephora, minimisation de ses souffrances, invisibilisation de ses difficultés d’intégration.
Pour certains analystes, la gestion opaque de l’incident, l’absence d’information immédiate aux parents, l’indifférence apparente initiale de l’établissement s’inscriraient dans une relégation systémique des enfants haïtiens.
La procureure générale Yeni Berenice Reynoso a personnellement supervisé les investigations :
– 87 missions menées en trois jours ;
– auditions multiples ;
– interpellations après manque de coopération constaté chez les responsables.
Toutefois, des zones d’ombre demeurent :
– Y avait-il des sauveteurs présents ?
– Qui supervisait les enfants ?
– D’autres responsables pourraient-ils être poursuivis ?
– L’inhumation a-t-elle été menée avec respect des droits familiaux ?
Le rapport d’autopsie devra répondre à plusieurs interrogations cruciales.
Pour la famille, l’annonce des arrestations est un premier pas vers une justice douloureusement espérée.
Mais pour beaucoup d’observateurs haïtiens, le dossier de Stephora dépasse le judiciaire :
Il met en lumière la fragilité des enfants haïtiens face aux institutions étrangères, la nécessité de protéger les migrants mineurs et l’importance d’une accountability éducative dans la région.
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