Longtemps considéré comme l’un des symboles les plus frappants de la dégradation sécuritaire du centre-ville de Port-au-Prince, le Champ de Mars semble amorcer, en cette fin d’année, une phase de transformation que les autorités présentent comme porteuse d’espoir. Dans un communiqué publié le vendredi 26 décembre, la Primature met en avant des travaux d’embellissement réalisés à l’occasion des fêtes de fin d’année, affirmant qu’ils redonnent à ce haut lieu de mémoire nationale un visage plus accueillant et plus digne de sa portée historique.
Selon le discours officiel, ces interventions s’inscrivent dans une logique de responsabilité collective, de collaboration institutionnelle et de respect des principes républicains. L’exécutif souligne que la portée de ces travaux dépasse largement la simple dimension esthétique. Ils s’insèrent dans une vision plus globale visant la réhabilitation des espaces publics et la reconquête progressive des territoires, dans un contexte où la sécurité, la cohésion sociale et le bien-être de la population constituent des enjeux majeurs.
Haut lieu civique et symbole historique de la nation, le Champ de Mars est présenté par les autorités comme une illustration concrète de ce que peut produire une action concertée, guidée par l’intérêt général. Pour le gouvernement, cette dynamique témoignerait de la capacité des forces vives du pays à dépasser les clivages politiques et sociaux afin de répondre aux attentes légitimes d’une société haïtienne éprouvée par des années d’instabilité et de violence.
Le communiqué insiste également sur la dimension politique de cette réhabilitation. Les responsables estiment que ces actions traduisent une volonté partagée de poser des gestes concrets, capables de renforcer le lien social et de restaurer, progressivement, une confiance collective profondément érodée. Dans cette optique, la transformation du Champ de Mars est explicitement reliée à la perspective d’élections libres, inclusives et démocratiques, présentées comme un passage incontournable pour le retour à un ordre constitutionnel fondé sur la légitimité populaire.
L’unité mise en avant autour de ces initiatives est décrite comme un acquis précieux qu’il conviendrait de préserver et de consolider afin de renforcer la stabilité nationale, d’améliorer durablement l’environnement sécuritaire et de créer les conditions propices à l’organisation du scrutin. Pour les autorités, cette convergence d’actions et de symboles demeure l’un des leviers essentiels pour inscrire le pays dans une trajectoire de normalisation politique et institutionnelle.
Cette narration institutionnelle a été renforcée par l’organisation d’un marathon pour la paix et la cohésion sociale, tenu le dimanche 21 décembre 2025. Initiée par la Police nationale d’Haïti à travers son unité d’éducation policière, l’activité visait à encourager le vivre-ensemble et à favoriser le retour progressif des citoyens dans l’aire du Champ de Mars, longtemps délaissée par crainte de l’insécurité.
L’événement a rassemblé des participants de tous âges et de tous horizons, y compris des enfants, des jeunes, des adultes et des personnes à mobilité réduite, soulignant le caractère inclusif de l’initiative. La cérémonie de clôture, organisée au kiosque Occide Jeanty, s’est déroulée en présence de plusieurs autorités civiles et policières. Des prix ont été remis aux gagnants dans une atmosphère que les organisateurs ont voulu à la fois festive et symboliquement rassembleuse.
Reste toutefois une interrogation centrale, au-delà du discours et des images : cette dynamique pourra-t-elle s’inscrire dans la durée ? Dans un pays où l’insécurité demeure structurelle et où la défiance envers les institutions reste profonde, la réhabilitation d’un espace emblématique ne saurait, à elle seule, suffire. La véritable épreuve résidera dans la capacité de l’État à garantir, sur le long terme, la sécurité effective, la continuité de l’action publique et la réappropriation durable des espaces communs par l’ensemble des citoyens.
