Cotonou s’est réveillée sous tension ce dimanche 7 décembre 2025. En début de matinée, un groupe restreint de militaires armés a pris d’assaut la télévision nationale, interrompant brièvement les programmes pour diffuser un message annonçant la destitution du président Patrice Talon. Les mutins, se présentant comme un « Comité militaire de refondation », déclaraient la suspension de la Constitution et la création d’un organe de transition dirigé par un certain lieutenant-colonel Pascal Tigri.
Le récit fut spectaculaire, mais il n’a pas résisté à l’épreuve des faits. En quelques heures, les forces loyales au gouvernement ont repris le contrôle de l’infrastructure stratégique. Le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, a assuré que la tentative de putsch avait été « mise en échec » et que le chef de l’État ainsi que sa famille se trouvaient dans un lieu sécurisé. Des tirs avaient été signalés aux abords de quartiers sensibles, notamment près du Camp Guézo, mais la situation a été rapidement stabilisée. Les ambassades occidentales, dont celles de France et des États-Unis, ont brièvement conseillé à leurs ressortissants de limiter leurs déplacements avant que l’ordre ne soit rétabli.
Selon les revendications lues à l’écran par les mutins, ce soulèvement se voulait une réponse à une « dégradation de la situation sécuritaire au nord du pays », à des griefs sur la gouvernance, des accusations de marchés publics « sans transparence » et à ce qu’ils qualifiaient de « lois crisogènes », c’est-à-dire susceptibles de provoquer des crises institutionnelles. Le discours se présentait comme un acte de « refondation » nationale. Cette rhétorique, observée ailleurs dans la région au cours de coups d’État récents, tente généralement de se draper d’une légitimité patriotique.
Si le scénario n’a duré que quelques heures, il n’en demeure pas moins révélateur. Le Bénin, longtemps cité comme l’un des modèles démocratiques d’Afrique de l’Ouest, enregistre depuis plusieurs mois des signes de crispation. En septembre 2024, une première tentative de coup d’État avait été déjouée, menant à l’arrestation d’un ancien ministre des Sports, Oswald Homeky, et de l’homme d’affaires Olivier Boko, tous deux condamnés en janvier 2025 pour « complot contre l’État ». L’échéance présidentielle d’avril 2026 renforce les interrogations sur les luttes internes et les ambitions de succession.
La communauté internationale n’a pas tardé à réagir. L’Union africaine a condamné toute tentative de renversement anticonstitutionnel et s’est dite préoccupée par la propagation du « syndrome des coups d’État » observé dans le Sahel et en Afrique de l’Ouest. Les signaux envoyés par Cotonou rappellent que même les pays considérés comme stables restent vulnérables lorsque les frustrations sociales, les rivalités élitistes et les failles sécuritaires convergent.
À l’heure où un communiqué officiel est attendu pour clarifier les évènements de la matinée, une question demeure : si l’armée a stoppé ce soulèvement naissant, que révèle-t-il des tensions souterraines qui traversent l’État béninois ? Une tentative avortée suffit parfois à montrer l’ampleur du malaise.
Au-delà du spectaculaire, l’épisode illustre les défis cruciaux auxquels le Bénin devra faire face dans les prochains mois : restaurer la confiance citoyenne, consolider ses institutions et prévenir que ce soubresaut ne devienne le prélude d’instabilités plus profondes. Les prochaines réactions du gouvernement seront déterminantes, non seulement pour apaiser l’opinion publique nationale, mais aussi pour rassurer ses partenaires régionaux et économiques.
