La ville de Delmas vit sous une tension diffuse que chacun ressent sans peine. Depuis plusieurs semaines, des habitants décrivent une atmosphère saturée d’appréhensions, nourrie par la multiplication des enlèvements et des tentatives d’enlèvements dans la zone métropolitaine. Les témoignages convergent : des individus lourdement armés circulent à bord de véhicules tout-terrain et opèrent avec une assurance qui interroge sur la capacité réelle de l’État à contenir cette violence.
D’après les informations recueillies, certaines opérations semblent minutieusement préparées et viseraient des personnes ciblées, tandis que d’autres relèveraient d’une stratégie opportuniste, les ravisseurs s’emparant du premier passant jugé vulnérable. Une source proche du dossier, interrogée par Le Nouvelliste, confie que « plusieurs cas ont été signalés en peu de temps » et plaide pour un maillage policier plus dense, en particulier à Delmas et Pétion-Ville, deux communes décrites comme particulièrement exposées ces derniers temps.
Les inquiétudes, qui avaient semblé s’atténuer ces derniers mois, reprennent ainsi une vigueur brutale. La directrice de la Commission épiscopale Justice et Paix, Jocelyne Colas, avait déjà alerté, à l’automne, sur une dynamique préoccupante. Selon elle, la baisse apparente des enlèvements n’était qu’un trompe-l’œil : les groupes armés, affirme-t-elle, n’avaient jamais véritablement cessé leurs activités, mais semblaient « en attente d’instructions » avant de relancer leurs opérations.
Cette recrudescence survient au moment où la Police nationale d’Haïti peine à démontrer sa capacité à reprendre l’initiative. Quelques interventions réussies sont toutefois rapportées. Le 31 août dernier, à Delmas 33, des policiers ont mis en échec une tentative d’enlèvement visant un citoyen pris à la sortie d’un club de sport. Blessés lors d’un échange de tirs, les assaillants ont pris la fuite, tandis que les autorités saisissaient une arme à numéro de série effacé.
Les chiffres disponibles renforcent la gravité du phénomène. Selon le Bureau intégré des Nations-Unies en Haïti (BINUH), au moins 145 personnes ont été kidnappées contre rançon entre le 1ᵉʳ juillet et le 30 septembre 2025. L’Artibonite concentre 46 % de ces cas, l’Ouest 45 % et le Centre 8 %. Depuis le début de l’année jusqu’à la fin septembre, 491 enlèvements ont été répertoriés, un total qui laisse entrevoir l’ampleur d’une insécurité toujours mouvante.
Alors que les autorités affichent leur volonté d’agir, une question persiste chez les habitants : combien de temps encore devront-ils vivre dans un espace où la simple traversée d’une rue peut devenir un pari ?
