La publication d’un document présenté comme une « résolution des représentants des forces vives de la Nation » suscite déjà interrogations et commentaires dans les cercles politiques haïtiens. Daté du 3 février 2026 et signé à l’Hôtel Montana, le texte affirme avoir été adopté à l’issue de la troisième journée des assises de suivi du dialogue inter-haïtien, un processus censé clarifier l’architecture de la transition politique et baliser le chemin vers un retour à l’ordre constitutionnel.

Le document indique que le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) ainsi que divers représentants nationaux se seraient réunis les 3 et 5 février 2026 pour définir les priorités gouvernementales, préciser le rôle des nouvelles autorités et, surtout, créer les conditions jugées indispensables à la stabilité de l’État. La résolution insiste sur la continuité institutionnelle, la garantie de la sécurité sur l’ensemble du territoire et la nécessité de rétablir un climat propice à la tenue d’élections crédibles.

Répartis en neuf ateliers, les participants auraient adopté le principe du maintien d’un exécutif bicéphale. Ce schéma prévoirait un Conseil présidentiel composé de neuf membres — dont plusieurs issus du CPT — accompagné d’un Premier ministre chargé de conduire l’action gouvernementale durant la transition politique annoncée pour le 7 février 2026. Cette orientation, si elle se confirme, traduirait la volonté d’éviter une concentration excessive du pouvoir tout en tentant de préserver un équilibre institutionnel dans un contexte national particulièrement fragile.

Cependant, au-delà des formulations officielles, la portée réelle d’un tel texte dépendra largement de sa reconnaissance par l’ensemble des acteurs politiques et sociaux. L’histoire récente d’Haïti rappelle que les accords et résolutions, aussi ambitieux soient-ils, ne produisent d’effets que lorsqu’ils s’appuient sur un consensus solide et une volonté politique durable. Sans adhésion collective, les documents restent souvent des déclarations d’intention, rapidement rattrapées par la dure réalité du terrain.

Un autre élément retient l’attention : la multiplicité des signatures visibles au bas de la résolution. Elles témoignent, en apparence, d’une participation pluraliste. Mais dans un pays où la défiance envers les arrangements politiques demeure élevée, la population cherchera des réponses simples : qui représente réellement ces « forces vives » ? Quels secteurs ont été inclus ou exclus ? Et surtout, quelle légitimité populaire soutient ces décisions ?

Car le véritable enjeu dépasse la seule mécanique institutionnelle. Pour une grande partie des citoyens, confrontés à l’insécurité, à la précarité économique et à l’effritement des services publics, la transition ne sera jugée crédible qu’à l’aune de ses résultats concrets. Les Haïtiens n’attendent plus seulement des annonces ; ils attendent des actes capables de restaurer un minimum de normalité dans leur quotidien.

Cette résolution apparaît ainsi comme une tentative supplémentaire de structurer la sortie de crise. Elle reflète aussi une réalité persistante : la transition haïtienne continue de se construire par étapes, souvent dans l’urgence, parfois dans l’opacité, toujours sous le regard vigilant d’une société fatiguée des promesses non tenues.

Reste désormais la question essentielle : ce texte marquera-t-il un tournant vers une stabilisation durable ou viendra-t-il s’ajouter à la longue liste des accords restés sans lendemain ? Dans une nation où la mémoire politique est lourde et la patience collective érodée, chaque initiative est scrutée avec une prudence mêlée d’espoir.

Une chose est certaine : pour regagner la confiance populaire, la transition ne pourra plus se contenter de produire des résolutions. Elle devra prouver, rapidement et clairement, qu’elle est capable de transformer les engagements écrits en réalités tangibles. C’est à ce prix seulement que les mots apposés sur ce document pourront espérer dépasser le statut de symbole pour devenir les fondations d’un véritable redressement national.

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