L’offensive relancée par l’AFC/M23 dans l’est de la République démocratique du Congo agit comme un révélateur brutal des limites, mais aussi des ambiguïtés, de la réponse internationale face aux conflits contemporains. À peine quelques jours après la signature des accords dits de Washington entre Kinshasa et Kigali, censés ouvrir une nouvelle séquence diplomatique, les combats ont repris avec une intensité qui a surpris jusque dans les chancelleries les mieux informées. La prise de la ville stratégique d’Uvira, dans le Sud-Kivu, a mis à nu un paradoxe désormais familier : celui d’une communauté internationale prompte à proclamer la paix, mais lente, prudente, voire hésitante, lorsqu’il s’agit d’en garantir l’effectivité sur le terrain.
Les déclarations du président américain Donald Trump, intervenues dans ce contexte, ont cristallisé les critiques à Kinshasa. En se présentant comme l’artisan de la « fin de la guerre » entre la RDC et le Rwanda, tout en évoquant ouvertement l’accès aux minerais congolais, le chef de l’exécutif américain a ravivé un vieux soupçon : celui d’une diplomatie où la paix est parfois perçue moins comme une finalité que comme un préalable à des intérêts stratégiques et économiques. Ces propos, répétés à la tribune des Nations unies puis lors de la signature des accords, ont été accueillis avec froideur par les autorités congolaises, qui réclament des actes concrets plutôt que des proclamations symboliques.
À l’ONU, le ton s’est voulu plus mesuré mais non moins alarmant. Le secrétaire général a condamné fermement l’offensive de l’AFC/M23 et appelé à une cessation immédiate des hostilités, soulignant le risque évident d’une déstabilisation régionale touchant bien au-delà des frontières congolaises. Pourtant, au-delà de cette condamnation de principe, les divisions et les silences au sein du Conseil de sécurité traduisent une difficulté persistante à transformer l’indignation diplomatique en pression politique réelle. La France a été l’un des rares pays à désigner explicitement le soutien rwandais au M23, évoquant une menace directe pour l’équilibre déjà fragile de la région des Grands Lacs, tandis que d’autres capitales se sont contentées d’appels généraux à la retenue.
Du côté européen, la prudence domine encore. Plusieurs diplomates reconnaissent en privé que de nouvelles sanctions n’étaient pas envisagées avant la dernière offensive, de peur de fragiliser un processus de négociation déjà précaire. Cette posture, compréhensible sur le plan diplomatique, alimente néanmoins un sentiment de frustration à Kinshasa : celui d’un État sommé de faire preuve de retenue, alors même que son intégrité territoriale est remise en cause par un groupe armé bénéficiant, selon de nombreux rapports, d’appuis extérieurs.
Le contraste est d’autant plus frappant que les organisations régionales africaines, directement concernées, se montrent étonnamment discrètes. Ni la Communauté d’Afrique de l’Est ni la SADC n’ont, à ce stade, formulé de réaction forte, malgré leurs engagements militaires passés dans la région. Seule la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs a pris la parole pour alerter sur le caractère stratégique d’Uvira et sur le risque d’un embrasement régional. Cette retenue africaine, volontaire ou contrainte, pose une question centrale : qui, aujourd’hui, porte réellement la responsabilité politique de la stabilité régionale ?
Sur le terrain, pendant ce temps, la réalité est implacable. Les combats ont provoqué de nouveaux déplacements massifs de populations, aggravant une crise humanitaire déjà parmi les plus graves au monde. Les organisations humanitaires alertent sur l’effondrement des capacités locales d’accueil et sur l’accès de plus en plus difficile à certaines zones, tandis que les civils paient le prix d’une guerre qui se joue largement au-dessus de leurs têtes.
L’offensive du M23 et les réactions qu’elle suscite mettent ainsi en lumière une constante troublante des crises internationales : l’écart entre le discours et l’action. La communauté internationale affirme soutenir la souveraineté de la RDC, condamne les violences et appelle à la paix, mais peine à imposer des mécanismes contraignants capables de dissuader durablement les acteurs armés et leurs soutiens. Tant que cet écart persistera, les accords de paix, qu’ils soient signés à Washington ou ailleurs, resteront fragiles, exposés à être balayés par la réalité des armes.
Au-delà du cas congolais, cette séquence interroge plus largement la cohérence de l’ordre international face aux conflits prolongés. Elle rappelle que la paix ne se décrète pas dans les salons diplomatiques, mais se construit dans la durée, par des engagements clairs, des responsabilités assumées et une volonté réelle de placer la protection des populations au-dessus des calculs stratégiques. Sans cela, l’est de la RDC risque de demeurer, encore longtemps, le théâtre d’une guerre que tout le monde dit vouloir arrêter, mais que peu semblent réellement capables — ou désireux — d’empêcher.

