Mobilisation à Miragoâne : un rapport récent du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) relance un débat national autour des méthodes du commissaire du gouvernement Jean Ernest Muscadin. Depuis plusieurs heures, une foule s’est réunie dans la ville pour lui témoigner son soutien, à la suite de la publication d’un document onusien faisant état d’exécutions extrajudiciaires qui lui seraient attribuées.
Selon ce rapport trimestriel du BINUH, couvrant notamment la période d’avril à juin 2024, M. Muscadin aurait été impliqué dans la mort d’au moins vingt-six personnes depuis le début de l’année 2022. Dans un autre passage largement relayé par la presse haïtienne, le rapport évoque vingt-sept autres exécutions extrajudiciaires qui auraient été commises au cours de l’année suivante, sans qu’aucune enquête judiciaire n’ait été menée à terme. Les rapporteurs mentionnent également l’absence de suites administratives ou disciplinaires, malgré les préoccupations exprimées par plusieurs experts des Nations unies chargés du suivi des droits humains et de l’indépendance de la justice.
Cette affaire intervient dans un moment où Haïti traverse une crise sécuritaire aiguë. Face à l’expansion des groupes armés, aux enlèvements, aux homicides non élucidés, une partie de la population considère M. Muscadin comme l’un des rares représentants de l’État capables de résister aux gangs. Ce soutien populaire, bien visible dans les rues de Miragoâne, explique en partie pourquoi aucune procédure judiciaire sérieuse n’a été engagée, note le rapport. Pour d’autres observateurs, notamment dans les organisations de défense des droits humains, l’absence d’enquête et la persistance de ces accusations posent un grave problème d’État de droit.
La mobilisation de Miragoâne illustre ce clivage : certains habitants affirment publiquement que le commissaire joue un rôle essentiel dans la lutte contre l’insécurité, dans un contexte où la confiance envers les institutions s’effondre. D’autres voix, au contraire, rappellent que la lutte contre la criminalité ne peut se faire au prix de violations graves des droits fondamentaux. Cette dualité expose les dilemmes structurels auxquels le pays fait face : comment reconquérir la sécurité sans entériner des pratiques contraires au droit ? Comment restaurer l’autorité de l’État tout en garantissant la justice pour tous ?
Pour l’heure, aucune réaction officielle du gouvernement haïtien n’a été communiquée à la suite des recommandations formulées par les Nations unies. Le BINUH demande notamment l’ouverture d’investigations indépendantes et crédibles afin d’établir clairement les faits, les responsabilités et les éventuelles mesures disciplinaires ou pénales à envisager. L’évolution de la situation à Miragoâne, où la mobilisation pourrait s’amplifier ou s’apaiser selon la réponse des autorités, reste à surveiller de près.
Cette affaire, qui mêle sécurité, justice et perception populaire, est emblématique des défis auxquels Haïti est confronté. Elle rappelle que la lutte pour la stabilité nationale ne peut être dissociée du respect des droits humains, ni de la nécessité d’institutions capables d’agir avec transparence et responsabilité.

