La reprise progressive de Port-au-Prince, longtemps paralysée par l’emprise des groupes armés, serait désormais engagée, selon les déclarations du ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Me Patrick Pélissier. Le titulaire du MJSP affirme que les forces de l’ordre enregistrent des avancées concrètes sur plusieurs axes stratégiques de la capitale, marquant, selon lui, un tournant dans la lutte pour le contrôle territorial.
Le ministre cite notamment Carrefour de l’aéroport, Delmas 19, Nazon et, plus récemment, la rue Magloire Ambroise comme zones où les opérations ont permis de faire reculer les groupes armés. Il soutient qu’une partie du centre administratif de Port-au-Prince serait passée du statut de zone rouge à celui de zone orange, avec l’ambition affichée de rétablir progressivement un niveau de sécurité qualifié de « vert ». Cette dynamique, assure-t-il, ne se limiterait pas aux zones reconquises, mais s’étendrait désormais aux bastions historiquement contrôlés par les gangs.
Dans son appréciation de la situation, Patrick Pélissier insiste sur le rôle joué par le nouveau commandement de la Police nationale d’Haïti, dirigé par Vladimir Paraison. À moyens constants, affirme-t-il, l’état-major aurait réussi à réorganiser la stratégie opérationnelle, à mieux coordonner les compétences internes et à restaurer la confiance des troupes. Le ministre évoque également une amélioration notable dans la gestion du matériel, soulignant que les pertes de blindés auraient fortement diminué, voire quasiment cessé, ces dernières semaines.
Sur le plan logistique, le gouvernement affirme poursuivre le processus de renforcement des capacités de la PNH, avec des commandes en cours d’armes, de munitions et de gaz lacrymogènes destinées aux quatre promotions du projet P-4000, un programme visant à accroître rapidement les effectifs policiers. Ce volet logistique s’inscrit, selon le ministre, dans une stratégie à deux piliers : effectifs et équipements.
La participation d’une compagnie militaire privée engagée par l’État haïtien est également assumée par le ministre de la Justice. Il estime que cette collaboration a permis d’améliorer l’efficacité des offensives grâce à une meilleure coordination sur le terrain, tout en précisant que la poursuite de ce partenariat dépendra de l’évolution de la situation sécuritaire et de la configuration des combats.
Interrogé sur le contrôle des frontières et des douanes, Me Pélissier indique que ces questions figurent parmi les priorités du gouvernement et du Conseil supérieur de la police nationale (CSPN). Il met en avant la nécessité de lutter contre la contrebande, dont les effets délétères sur l’économie et la sécurité nationale sont bien documentés, et contre le trafic d’armes qui alimente la criminalité transnationale. Un plan de sécurité et de défense du territoire serait, selon lui, déjà en préparation.
Sur le terrain, les forces de sécurité ont intensifié leurs opérations au centre-ville de Port-au-Prince durant le week-end et le lundi 19 janvier 2026. Des habitants rapportent avoir entendu de violentes détonations, notamment après l’utilisation de drones explosifs, une méthode qui marque une évolution notable dans les tactiques de combat employées par les forces de l’ordre.
Parallèlement, plusieurs sources indiquent que Jimmy Chérizier, alias « Barbecue », porte-parole de la coalition de gangs Viv ansanm, aurait été chassé de son fief depuis près de deux semaines et se déplacerait entre des zones alliées, sans capacité apparente de lancer des contre-offensives majeures. Le gang Krache Dife ainsi que des éléments armés de La Saline auraient également été contraints de fuir sous la pression policière.
Les opérations se concentreraient désormais vers les quartiers sud de la capitale, où la PNH, appuyée par des engins lourds, s’emploie à libérer les principales voies de circulation, se rapprochant progressivement du fief de « Izo 5 segonn » à Village de Dieu. Cette zone reste symboliquement associée à la victoire spectaculaire des gangs du 12 mars 2021, considérée par de nombreux observateurs comme le point de bascule ayant précédé l’expansion généralisée des groupes armés à partir de juin de la même année.
Malgré ces avancées rapportées, la police n’a pas encore communiqué officiellement sur les opérations menées le lundi 19 janvier à Delmas 2. Dans plusieurs zones d’intervention, les habitants décrivent un calme fragile, ponctué d’incertitudes, témoignant du caractère encore instable de la situation sécuritaire. Si le gouvernement affirme avoir enclenché une reconquête durable, la consolidation de ces gains, leur pérennité et leur traduction dans la vie quotidienne des citoyens demeurent les véritables défis à venir pour l’État haïtien.

